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Module 3 – Comment intervenir

Des pratiques prometteuses

La cyberviolence est un phénomène social et donc devrait être résolue dans un contexte social. Voici quelques pratiques qui semblent avoir un impact sur la réduction de la cyberviolence.

1. Promouvoir des relations saines

a) auprès des plus jeunes (ex. école primaire)

On travaille le développement des compétences émotionnelles et sociales de base :

  • la connaissance de soi – la capacité à comprendre ses sentiments, valeurs, et forces et à maintenir sa confiance en soi;
  • l’autorégulation (self-management) – la capacité de réguler ses émotions et de les exprimer de façon constructive, de gérer le stress, de contrôler ses pulsions (impulses) et de déterminer et d’atteindre des buts personnels;
  • la conscience sociale – le développement de l’empathie, de l’adhérence aux règles sociales et de l’utilisation de ressources familiales, scolaires et communautaires;
  • les compétences relationnelles – l’habilité de créer et de maintenir des rapports sains, de coopérer avec d’autres, de résister à la pression négative de ses pairs, de gérer et de résoudre les conflits et de rechercher de l’aide quand nécessaire;
  • la prise de décision responsable – la capacité de tenir compte des normes éthiques, de la sécurité, et du respect des autres quand on réfléchit aux conséquences d’une action.(Réf. 7)
b) auprès des ados

On peut viser à former les jeunes à l’empathie, à la communication non-violente, à la gestion de conflits ; et à leur offrir une éducation sexuelle plus complète que ce qui existe dans les écoles, avec un volet sur la cyberviolence. Pour y arriver, il pourrait être intéressant d’utiliser une variété de méthodes pédagogiques dont les films, le théâtre et les jeux de rôles (en se mettant dans la peau de «l’autre» les jeunes peuvent mieux comprendre ce que cette personne peut vivre et ainsi développer plus d’empathie).

c) auprès des témoins

Le rôle des témoins est essentiel (Réf. 8): par leur silence, voire leurs «encouragements», ils cautionnent la situation de harcèlement, renforçant ainsi le rôle de l’auteur.e et l’isolement de la victime. On distingue trois types de témoins: les «outsiders» qui restent en retrait et ne disent rien, par peur parfois d’être la prochaine victime, les «supporteurs» qui sont complices des violences commises et les «défenseurs» qui s’opposent au harcèlement. Pour intervenir auprès des témoins il est bon de comprendre leurs motifs pour agir ou pas devant la cyberviolence. Selon certains auteur.e.s (Réf. 9), plusieurs facteurs interviennent dans la décision des témoins d’intervenir ou pas dans une situation d’intimidation:

  • La perception du niveau de nocivité. Si l’on considère que l’action est très nuisible, cela demande à ce qu’on intervienne.
  • Les émotions évoquées par l’incident. Par exemple, si l’on ressent de l’empathie, on pourrait intervenir. Par contre si l’on a peur d’être à notre tour cible de violence, on n’interviendra pas.
  • On peut aussi faire une évaluation sociale (popularité de la cible, popularité de l’auteur.e, leur genre, etc.) avant d’intervenir.
  • L’évaluation morale – évaluer si c’est bon ou mauvais et à qui est la faute.
  • L’efficacité de l’intervention – un autre critère peut être une évaluation du degré d’efficacité d’une intervention du témoin.
  • Le nombre de témoins – un plus grand nombre de témoins amène les individus à moins intervenir, tout comme la possibilité de rester anonyme.

Par ailleurs, les témoins de cyberviolence peuvent jouer un rôle important dans la réduction de son incidence.  Les mêmes techniques décrites dans les sections précédentes peuvent être employées plus spécifiquement pour discuter de la responsabilité des témoins de cyberviolence.

d) Prévention par les pairs

On peut aussi développer la prévention par les pairs, en formant des ambassadeur.e.s de prévention: des jeunes volontaires choisissent d’être formé.e.s contre le harcèlement pour conduire des actions de prévention et d’intervention dans leur milieu. Cette prévention par les pairs permet de mobiliser les témoins et de rendre les jeunes acteurs et actrices de la prévention.

e)L’intervention auprès des auteur.e.s

Parce que eux aussi des fois, même si on leur dit de toutes les manières, de tous les côtés, c’est quoi les impacts pour une personne victime… Mais un jeune qui s’assoit en face d’une victime qui a vécu ça, le fait d’avoir échangé avec elle, ça répond probablement  à un besoin de compréhension.

(Extrait tiré des propos d’une intervenante interrogée lors des groupes de discussions) (Réf. 10) Comme il peut y avoir différents motifs chez les auteur.e.s de cyberviolence, l’intervention doit en tenir compte. La vengeance Certain.e.s jeunes utilisent la cyberviolence en réaction au fait d’avoir été eux-mêmes le cible de violence ou afin de protéger un.e ami.e. Pour ces jeunes, il est important de discuter du fait de faire justice soi-même et du fait que plus d’intimidation provoquerait probablement une escalade de la situation. Ils et elles doivent prendre conscience du fait d’être plutôt auteur.e.s de violence plus que bienfaiteurs et bienfaitrices. Mais il se peut qu’ils et elles soient vraiment devant une situation d’injustice et de violence et on doit investiguer pour comprendre la situation et les aider à trouver des moyens pour y mettre fin. On pourrait s’inspirer de la justice réparatrice. La recherche de pouvoir Comme dans toute forme de violence, plusieurs auteur.e.s de cyberviolence sont à la recherche de pouvoir et de contrôle sur la cible, notamment quand le geste s’insère dans des rapports sociaux d’inégalité. Dans ce cas, il est important de vérifier la gravité des gestes afin d’adapter l’intervention. On peut faire appel aux interventions auprès des hommes violents ou dans les cas interculturels. Pour augmenter son statut social Il arrive que des jeunes agissent comme auteur.e de cyberviolence afin de faire partie d’un groupe. Ce groupe s’attaque à un ou plusieurs autres jeunes qu’ils et elles considèrent comme «inférieur.e.s». On peut aussi embarquer afin d’éviter d’être soi-même cible de violence. Dans ce cas, l’intervention pourrait porter sur les conséquences de la violence sur les cibles, en travaillant l’empathie et la justice sociale. On pourrait s’inspirer de la justice réparatrice.

Voici une façon d’adapter l’intervention au niveau de gravité du geste de cyberviolence (Réf. 11)

 

Gravité du geste

Pour conclure cette section, plusieurs programmes de prévention utilisent un film ou une vidéo présentant un incident de cyberviolence pour ensuite discuter avec le groupe de jeunes (voir la section «Outils et références» pour une liste de ressources).